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Québec 2007

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mars 11, 2013 par admin

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Montréal, le 8 août.

Nous sommes bien arrivés après un swap d’avion et de compagnie aérienne. Pour la première fois, nous avons été remboursés d’une obole (1500 €) par la British Airways qui nous a transféré d’un vol avec escale à Londres sur un vol direct Paris Montréal avec Air France. Nous avons….accepté !

Notre maison est dans le centre, côté Est de la ville. C’est une maison ancienne (1930) en brique rouge, de type anglo-saxon. Le deuxième étage nous est réservé. Jean et Christiane qui nous accueillent, habitent au-dessous avec leurs enfants. L’accès à notre palier se fait par des escaliers extérieurs en métal. Toutes les habitations se ressemblent dans ce quartier. Un jardinet avec une grille en front de rue, l’escalier tournant desservant les trois étages, un autre escalier extérieur sur l’arrière, plonge sur un petite court. Toutes les courettes ouvrent sur une ruelle privée. C’est assez charmant, plutôt verdoyant. Des écureuils et des chats gambadent.

Devant chez nous, un parc et une piscine. Insolite et rare pour un centre ville de métropole : les gens traversent la rue en maillot de bain.

Sept Iles, le 14 août,

Nous avons passé quatre jours tranquilles à Montréal. Il n’y a pas le feu.

Nous avons récupéré notre véhicule chez Alamo Rent a car. Grâce à la British Airways, notre voiture classique s’est transformée, sous la pression d’un agent sympathique et commercial, en une énorme Lincoln blanc cassé, très chic, intérieur cuir, du type cabine de bateau, très confortable et qui consomme énormément. Nos amis Québécois s’en amusent et la surnomment le gros Beluga.

« Il n’y a que des touristes français pour accepter une telle berline ». Et la consommation ! ». Tous les radars du Québec nous suivront à la trace jusqu’à Natasquan, notre destination finale.

Nous avons fait route jusqu’à Odanak, au cœur de la réserve des Abénakis, dont il ne reste que bien peu d’âmes et de choses. Le profil abénakis s’est muté en type occidental plutôt brun suite aux nombreux métissages.

 

 

 

 

 

 

Longeant la côte Nord du St Laurent, nous avons fait halte à Baie St Paul. Notre Motel de bord de route est gardé par un énorme et magnifique chat angora tigré gris prénommé Monsieur Emile. L’eau fraîche du St Laurent est encore baignable. La Manche doit encore être plus fraîche.

 

 

La descente de la rivière an Kayak, à l’indienne, nous a procuré plus de rafraîchissement encore puisque Léopoldine et moi avons chaviré. Quelle douceur de glisser sur l’eau entre les sapins !

Nous voici proche de l’idée que je voulais me faire du Québec.

 

La Lincoln a pris place sur le bac pour traverser le fjord de Saguenay vers Tadoussac. Au fur et à mesure que nous remontons le St Laurent vers le Nord, la température descend. Il fait frais désormais.

Le vent est glacial sur les rochers des Grandes Bergeronnes. Quelque ranger nous indique le chemin et nous avons attendu des heures, face au St Laurent, le nez dans le soleil, pour voir des baleines. L’hiver, elles suivent la « route blanche » de Natasquan à Blanc Sablon, en passant par La Romaine et Harrington Harbor. La chance ; un rorqual commun, la deuxième plus grosse baleine au monde, a montré son dos et son aileron. Une baleine à bosse a plongé devant nous en sortant sa queue monumentale et lisse à quelques mètres de la rive. Même sans être particulièrement intéressé par la poiscaille, c’est malgré tout assez fascinant.

Passé Tadoussac, la circulation se raréfie. La route jusqu’à Sept Iles est magnifiquement vallonnée et boisée de sapins, entrecoupée de lacs et de bras de mer, immense et sauvage. Le soleil descend et transforme ces plans d’eau plus ou moins frémissants en miroirs argentés ou dorés.

Les grands décors attendus au Québec commencent à s’ouvrir devant nous. Dès à présent, j’ai un objectif : voir un ours, en vrai, un nounours dodu au poil brun et brillant. Peut-être.

Nous embarquons pour un tour en bateau entre les Iles Mingan. Le capitaine porte fièrement une casquette bleue marine et démarre gaillardement le moteur, qui s’arrête avant de passer la dernière jetée du port. Après beaucoup de fumée et d’odeur de gasoil, il appelle les gardes côtes qui nous remorquent et nous évacuent sains et saufs. Une autre embarcation nous transporte entre ces Iles aux pitons rocheux polis par le vent et les embruns. Le soleil est de la partie, mais le vent de mer est froid et chargé d’embruns. D’île en île, nous marchons et sandwichons, je m’en casse une dent. C’est le meilleur endroit pour cela, sur une île inhabitée au nord du St Laurent.

Située entre Sept-Îles et Rivière-au-Tonnerre, la chute du Manitou nous fait mettre pied à terre. Elle ponctue la rivière du même nom et se jette non loin de l’estuaire du Saint-Laurent. Toujours drivé par quelque ranger, nous traversons la forêt ensoleillée, passons sur des guets de rochers avec des points de vues et des à-pics majestueux.

 

Il me prend l’envie de courir de façon effrénée, comme Nathaniel dans le bellissime et énergisant « Dernier des Mohicans ».

Les cascades chantantes et les plans d’eau paisibles se succèdent entre les sapins dorés par le soleil. Derrière les arbres, un grondement nous guide. Le soleil forme des taches claires sur l’épaisse couche de mousse qui tapisse le sol. Le sous bois est humide en cette fin d’été, et bientôt des embruns nous arrivent, on ne s’entend plus parler, le tumulte au détour du dernier arbre, puis apparaît la chute.

Deux passants et un pêcheur plein d’espoir sont assis là, en bas, sur les troncs d’arbres lisses que la rivière a envoyé voler. Ce fracas est assez magique et nous immobilise un bon moment. Le débit d’eau incessant qui jaillit au-dessus de nous, semble venir de nulle part et transforme l’air en bruine. Il nous enivre. Tous les autres bruits sont anéantis.

 

 

 

 

 

 

 

Natasquan, le 19, Alors ici, c’est wild !

Nous sommes à la fin de la route 138, après avoir longé le St Laurent depuis Québec tout le long de la Basse Côte Nord. Pour aller plus loin, il faut emprunter des barques, ou bien attendre l’hiver et traverser la rivière gelée en traîneau moderne : le ski-doo.

Nous sommes à quelques encablures d’Harrington Harbor, le village qui a servi de décor à la délicieuse comédie canadienne « La grande séduction ». Notre but était de nous y rendre. Hormis le prix qui est prohibitif pour notre famille, un détail purement technique nous a interdit l’accès à ce village. Le « Relais Nordik », traversier qui navigue jusqu’au village de Blanc-Sablon en 12h, a échoué hier en éventrant sa coque sur les rochers. Les 180 passagers en pyjamas ont été sauvés et transportés en hélicoptère en pleine nuit jusqu’au petit aéroport local. Les protagonistes traumatisés nous racontent leur mésaventure. Et je note que les transports en bateaux sont assez incertains dans le périmètre.

Notre chalet, plutôt une cabane en français de France, est posé sur une plage qui nous rappelle, en plus petit et plus plat, celle d’Hatainville, en Cotentin, avec des dunes et des herbes vertes, hautes et effilées.

Construit en bois sur le sable, le chalet paraît presque penché, ou un peu brinquebalant. L’eau arrive à quelques mètres. Nos grandes activités quotidiennes, sont le jogging sur la plage, le bain pour moi et ramassage du bois pour les enfants en vue de grand feu le soir.

J’ai testé l’eau du St Laurent en plusieurs endroits. Elle est froide (entre 12 et 15 degrés selon les endroits) mais je m’y baigne avec plaisir.

Ici, il y a peu d’habitants. A 5 kilomètres, la réserve indienne regroupe environ 1000 âmes. Ce sont des Innus ou Montagnais. Leur village est à part, ils ne se mélangent pas. Les familles Bellefleur sont légion, attestant du passage de quelque français aventurier et possessif pendant les siècles passés. Bien souvent ils ne travaillent pas et sont assez désœuvrés. Le gouvernement canadien rachète les erreurs d’autrefois en les assistant. Ils perçoivent de quoi se loger et se nourrir, ce qui les plonge dans l’oisiveté et provoque des jalousies chez les canadiens blancs qui ne touchent aucune aide et payent de nombreuses taxes. Une triste marginalisation supplémentaire. Il semble que certains canadiens se cherchent des origines indiennes afin de percevoir l’obole du gouvernement.

Zeph passe beaucoup de temps dans la réserve où il est accueilli avec étonnement par des individus à la voix et au regard doux. Je le conduis dans notre gros Beluga blanc cassé que j’essaye de garer le plus discrètement possible à l’entrée de la réserve. Des enfants courent et se chamaillent dans les rues désordonnées. Les maisons, de belles tailles, sont peu entretenues. Plusieurs voitures et ski-doo sont garés devant chaque entrée. Par ci-par là, un tipi, souvenir du temps où ils étaient chasseurs, pêcheurs et nomades.

Natasquan est accessoirement le village d’origine et de vacances de Gilles Vignault. Sa maison est voisine de notre chalet. Les gens du village me disent qu’il est là en cette fin d’août, mais pas de lumière chez lui. Comme je doute de sa présence, ils me précisent qu’il n’a pas l’électricité et se chauffe au bois. Il est agé désormais. Ici, ce sont les Vignault et les Landry qui font l’essentiel de la population, tous cousins.

Il a plu toute la journée. Hier, nous avons marché dans les bois, le long des cours d’eau chahuté par des petites cascades. Le long de la rivière, il y a plus de moustiques qu’en Afrique, les maringouins, qui mordent comme disent les locaux. Le soir, nous faisons des feux dans la dune devant la maison. Cela éloigne un peu, pas beaucoup, les moustiques. Les enfants ont grillé des brochettes de chamalos ! Le Bonheur!

Au café du coin, internet nous rapproche des nôtres. De modestes compteurs et chansonniers viennent clôturer la saison estivale. L’accent est très présent et nombre de conversations nous échappent.

Certaines expressions sont charmantes :

Les Québécois « déjeunent » le matin, « dînent » à midi et « soupent » le soir.

Nous cueillons des « bleuets » (myrtilles),

« Vous aurez ben du fun »,

« C’est ben platte »

“Ca a pô d’allure”,

Nous mangeons des « hambourgeois » (hamburgers),

« La vanité » , meuble de salle de bain,

« L’air niaiseux »,

« Le ben chanceux »,

« ma blonde »,

« mon chum »,

« ma chouette »

« le char »

Nous louons des canoës pour remonter la rivière nommée « La petite Natasquan ». Alors là, le pilotage d’un canoë est très difficile. A l‘embouchure, les courants, faibles certes, mais suffisants pour notre inexpérience, font tourner les canoës sur eux même et il nous est impossible d’avancer. Tout le monde s’énerve, Zeph tape dans l’eau avec ses rames. A l’articulation déformée de sa bouche, je vois qu’il râle au loin, mais avec le vent, aucun son ne parviens jusqu’à moi. Léopoldine, dans son embarcation, fait la sourde oreille et tourne son regard de l’autre côté. Tandis que Karol me fait une scène parce qu’il a sali ses vêtements, blancs bien sur, pour aller faire du canoë. Bref, fiasco. Je profite d’un banc de sable pour aller chercher de l’aide afin de calmer mon mari hystérique et sauver la marmaille. A mon retour et après avoir engueulé tout le monde à l’office de tourisme, je constate qu’il a passé le cap de l’embouchure tourmentée de la rivière et qu’il a disparu. Alors je pagaie de plus belle avec un Karol qui râle comme son père, et au détour d’une boucle, dans un décor paisible de sapins, je vois Zeph qui joue aux indiens avec Léopoldine et Gildas le long des belles roches plates émergentes de l’eau. Quelques minutes plus tard arrivent nos sauveteurs, des Landry père et fils qui me remorquent, un sourire ironique au coin des lèvres en me précisant qu’il n’y a pas de fond et que l’on a pied partout. Ils me conseillent également de ne pas nous aventurer sur « La grande Natasquan », l’énorme bras d’eau agité qui impose la fin de la route 138 et noie de nombreuses personnes chaque année. Mieux vaut attendre le gel et la passer en Ski-doo.

La navigation n’est pas notre fort.

Le 21, nous sommes toujours à Natasquan.

Notre énorme Lincoln blanche continue à défrayer la chronique. Nos déplacements sont suivis par tous les satellites qui surveillent la Bass Côte Nord du Québec. Assis à l’avant, les enfants s’essayent fièrement à la conduite sur la courte route qui mène à la réserve. Les journées de pluie attestent déjà de la fin de l’été. Malgré le soleil, je ne parviens plus à me baigner tellement il fait froid. Nous portons plusieurs épaisseurs de pull.

Je suis toujours à la recherche d’un ours. Tout le monde en croise sauf nous. Moi je croise des maringouins qui nous mordent goulument dans le chemin qui longe la rivière et les petites cascades.

Nous jouons au « Dernier des Mohicans » et ramassons de myrtilles sauvages qui serviront à cuisiner des pancakes le soir au chalet. Sur le feu, nous grillons bœuf, maïs et chamalooooo. Trop cool.

J’ai aperçu Gilles Vignault devant sa maison. Avec ses longs cheveux blancs, on ne peut le confondre.

Karol assiste son père pour faire des portraits chez les innus.

Malgré la température, notre vie s’organise à Natasquan et nous resterons plus d’une semaine.

 

Le bateau de pêche accoste sur le quai. Hors saison, il n’y a quasiment plus de livraison de poisson. Alors nous profitons d’une arrivée pour acheter de la morue. En prévision, les locaux en achètent des kilos à congeler pour l’hiver. Et moi, avec ma morue, je suis drôlement embêtée, entière, avec tout son intérieur. Un barbu, de type marin pêcheur, prend mes bêtes et va tronçonner tout cela sur un rocher voisin, guillotine et vide les entrailles pour au final me laisser partir avec juste les filets. Ouf !

L’île d’Anticosti se trouve au large, à environ trente kilomètres de Natasquan. Un Landry nous raconte qu’il pouvait rejoindre l’île en ski-doo pendant les mois de gel il n’y pas seulement trente ans. Ainsi s’était établi le commerce autrefois. Tout cela est devenu impossible avec le réchauffement climatique.

Le St Laurent ne gèle plus depuis longtemps à cette latitude.

Nous avons croisé toute sorte d’animaux de type renards, marmottes et autres mammifères à poil brun/roux de moins de 40 cm de haut. Je caresse encore l’espoir de croiser un ours. L’image me paraît tellement douillette et confortable (je rêve). Et si je n’en rencontre pas dans le périmètre de Natasquan, c’est perdu. Aucune chance d’en croiser un en zone urbaine.

C’est un couple de loups qui salue notre départ de Natasquan. La lincoln redescend la route 138 vers le sud, le soleil décline. Face à nous sur la droite, immobile et fier, le couple nous regarde passer. Je pile sur le frein pour ralentir sur une très courte distance et diminuer le bruit du moteur. Ils ne bougent pas et le cerne noir autour de leurs vœux confirme le sentiment de supériorité qui émane d’eux.

La rencontre de loups paraît rare.

Moins rare mais toujours exotique pour nous ; le rorqual commun qui parade dans le port tandis que la Lincoln embarque sur le traversier de 14h qui nous mène de Gotbout à Matane. Le cétacé noir nous nargue à dix mètres de la digue dans l’eau argentée sous le ciel de plomb.

Il fait froid et humide, le traversier ballotte.

Nous débarquons sur la côte Sud et roulons par Bic, Saint Fabien jusqu’au paisible paysage de St Simon à la recherche d’un motel.

Après une marche sur la plage à la poursuite des biches, le hasard nous mène à l’Auberge St Simon : http://www.aubergestsimon.ca/album3aa_007.htm.

Un notable de Québec était auparavant propriétaire de cette demeure. Le nouveau reçoit ses hôtes pour le gîte et le couvert dans une belle ambiance d’autrefois. Ici un piano, là un grand escalier d’origine et un large divan pouvant accueillir six à huit personnes. Nous feuilletons des revues démodées, des portraits familiaux début de siècle sont accrochés au mur. Les meubles des chambres sont également d’époque. Chacune d’elle dispose d’un lavabo, d’une coiffeuse avec miroir et brosse argentée. Les objets ont une âme, et dans le calme, nous savourons ce repos confortable et délicat, soigné. La table l’est également, dressée de vaisselle ancienne, fleurie. Le mot « chaleureux » convient à cet endroit fort recommandable.

Plus loin, sur le bord de la route, nous avons eu le malheur d’expérimenter un fabricant de fromage ; du plastique blanc qui crisse sous la dent, dont ils se régalent. A revoir !

Plus classique est notre retour vers Québec, puis Montréal avant de voler vers Paris.

Mais je n’ai pas vu l’ours !

Portraits du Québec par Jean-Marie Cras => Enter => Galerie Québec : http://www.jeanmariecras.com/


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